LA GAZETTE DROUOT - COUP DE COEUR
Finesse d’exécution et harmonie des couleurs : ce bracelet témoigne du haut degré de raffinement atteint par les artisans verriers romains de la première moitié du XIXe siècle dans la réalisation de bijoux ornés de micromosaïques. Son décor est pour le moins réussi et original puisqu’il reproduit la célèbre fresque de L’Aurore – un chef-d’oeuvre du genre – peinte par Guido Reni (1575-1642) entre 1613 et 1614, toujours conservée au palazzo Pallavicini- Rospigliosi à Rome. Apollon conduisant le char du Soleil y est précédé de l’Aurore, qui répand ses fleurs et annonce le jour, accompagnée de Phosphore, l’amour ailé porteur de lumière. Difficile de faire plus antique et poétique !
Nouvelle modeEn 1737, parmi les trésors mis au jour à Tivoli dans la villa d’Hadrien se détache une exceptionnelle mosaïque ornée de colombes. Elle est composée de milliers de très petites tesselles, de 2 à 3 mm de côté, selon la technique de l’opus vermiculatum. Une telle découverte lance immédiatement une mode nouvelle autour de cet art millénaire et donne naissance au mosaico in piccolo, la micromosaïque. Les villes de Rome et de Venise en sont les principaux centres, alors que Florence demeure fidèle aux pierres dures pour ses compositions décoratives. Les bijoutiers des deux cités artistiques s’associent aux maîtres verriers, qui se distinguent dans cette discipline délicate consistant à assembler de minuscules tesselles de verre coloré taillées dans des baguettes pour former des compositions.
Un art de la minutieÀ peine plus épais qu’un cheveu, ces smalti filati pouvaient être plus de 800 au cm2. Un véritable travail d’orfèvre dans lequel de grands maîtres s’illustrent dès le XVIIIe siècle. On cite régulièrement le nom de Giacomo Raffaelli (1753-1836) : l’aristocratie russe, l’élite stambouliote, sont ses clients. C’est dans son atelier que s’est tenue en 1775 la première exposition de cet art miniature. Si les motifs les plus courus et les plus simples sont des animaux et des fleurs, les plus doués reconstituent des paysages italiens, des ruines antiques – le Colisée, la colonne Trajane –, des monuments célèbres, avec un petit faible pour la basilique Saint-Pierre, ou encore des scènes inspirées de la mythologie et d’oeuvres picturales fameuses. Ces petites plaques réunies dans des montures en verre noir, ou en onyx pour les plus précieuses, poncées et polies, puis cirées afin de fondre au maximum les interstices et glacer l’ensemble, viennent ensuite orner de leur délicatesse des objets attrayants par leurs couleurs chatoyantes et qui, de surcroît, diffusent un parfum aux senteurs antiques. De plus, leurs petites dimensions les rendaient très aisés à transporter. L’époque est au Grand Tour, ce voyage initiatique entrepris par les jeunes gens à la suite de leurs études et par les amateurs d’art et collectionneurs issus de la haute bourgeoisie. Toute l’Europe culturelle se lance sur les routes et, selon l’expression proverbiale, « tous les chemins mènent à Rome ». Rome justement, où les plus fines micromosaïques sont produites, compte en 1820 une vingtaine d’ateliers dédiés. Jusque dans les années 1850, ils ne souffrent d’aucune concurrence et continuent d’éblouir. C’était sans imaginer l’invention d’un nouveau médium : la photographie !
Aujourd’hui, le souvenir de voyage s’est transformé en objet d’art et séduit de nouveaux amateurs.
Les mosaïques antiques retrouvées en Italie se retrouvent en miniature sur des bijoux destinés aux premiers touristes.
En témoigne celui-ci, précieux et raffiné.
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La Gazette Drouot